Le protocole Matter, la certification A2P* connectée et le Data Act européen redessinent les critères de choix d’une serrure connectée en 2025. Nous observons un glissement net : le marché français ne se résume plus à un gadget domotique, il intègre désormais des contraintes réglementaires et d’interopérabilité qui changent la donne pour les professionnels du bâtiment et de la sécurité.
Data Act et RGPD : ce que change le règlement européen pour les serrures connectées
Depuis le 12 septembre 2025, le règlement UE 2023/2854 (Data Act) s’applique à tous les objets connectés commercialisés dans l’Union européenne, serrures comprises. Concrètement, l’utilisateur dispose de trois droits : accéder aux données brutes générées par sa serrure, les faire transmettre à un tiers de son choix, et contester toute clause contractuelle limitant cet accès.
En cas de conflit entre Data Act et RGPD, ce dernier prime dès que des données personnelles sont en jeu. En France, c’est la CNIL qui contrôle le respect de ces obligations.
Pour les fabricants, la conséquence est directe : les logs d’accès (horodatage, identifiant utilisateur, mode de déverrouillage) doivent être exportables dans un format exploitable. Les applications propriétaires qui verrouillaient ces informations dans un écosystème fermé devront s’adapter entre 2025 et 2027. Nous recommandons de vérifier, avant tout achat professionnel, que le firmware du produit intègre déjà une fonction d’export conforme.

Interopérabilité Matter et Thread : serrure connectée compatible ou captive
Le choix d’un protocole de communication conditionne la durée de vie utile d’une serrure connectée bien plus que le cylindre lui-même. Matter over Thread constitue aujourd’hui le standard cible pour une installation pérenne, car il garantit la compatibilité avec Apple Home, Google Home et Amazon Alexa sans passerelle dédiée.
Les modèles qui fonctionnent uniquement en Bluetooth Low Energy ou en Wi-Fi direct restent dépendants de l’application du fabricant. Si l’éditeur abandonne le support logiciel, la serrure perd ses fonctionnalités connectées tout en conservant son prix premium.
Critères techniques à vérifier avant installation
- Prise en charge native du protocole Matter (et pas seulement annoncée via mise à jour future) avec certification Thread pour le maillage réseau local
- Compatibilité avec le cylindre européen existant (entraxe, dimension du carré, profondeur de pose) pour éviter un remplacement complet du bloc de porte
- Alimentation par piles avec autonomie documentée par le fabricant, et présence d’un accès mécanique de secours en cas de batterie vide
- Capacité d’export des logs d’accès dans un format ouvert, conformément aux exigences du Data Act
Location courte durée et serrure connectée : cadre juridique en copropriété
L’usage locatif représente un levier d’adoption majeur. En location courte durée, les codes temporaires remplacent la remise physique des clés et réduisent les frais de conciergerie. L’attribution d’un code unique par séjour, avec expiration automatique, résout le problème récurrent des doubles de clés non restitués.
En copropriété, l’installation sur la porte palière ne pose généralement pas de difficulté tant que le cylindre reste aux dimensions standard et que l’aspect extérieur de la porte n’est pas modifié. En revanche, le remplacement d’un interphone ou d’une gâche d’immeuble par un système connecté relève du vote en assemblée générale.
Pour les bailleurs professionnels, nous recommandons de coupler la serrure connectée à un système de journalisation horodatée. Ce journal constitue un élément de preuve en cas de litige sur l’état des lieux ou sur un accès non autorisé.
Certification A2P et résistance physique : le point que la domotique ne remplace pas
Une serrure connectée reste avant tout une serrure mécanique. La partie électronique gère l’authentification, mais la résistance à l’effraction dépend du cylindre et du bloc de verrouillage. Un produit connecté sans certification A2P (ou équivalent européen EN 15684) offre un confort d’usage sans garantie de résistance physique.
La certification A2P, délivrée par le CNPP en France, classe les serrures en trois niveaux de résistance. Certains fabricants de serrures connectées commencent à proposer des cylindres certifiés A2P*, ce qui constitue un minimum acceptable pour une porte d’entrée de résidence principale.
Limites de la biométrie embarquée
Les modèles à lecteur d’empreinte digitale séduisent par leur rapidité d’utilisation. Le capteur capacitif intégré sur la poignée élimine la contrainte du smartphone. Deux points méritent attention.
Le taux de faux rejet (empreinte légitime non reconnue) varie selon les conditions : doigt mouillé, froid, blessure superficielle. Un accès de secours (code ou clé mécanique) reste nécessaire.
Le stockage des gabarits biométriques doit rester local, dans le module de la serrure. Un gabarit stocké uniquement dans le cloud expose l’utilisateur à un risque de fuite de données personnelles que le RGPD qualifie de sensibles. Nous recommandons de privilégier les architectures où le traitement biométrique s’effectue intégralement sur le dispositif.

Maintenance et durabilité d’une serrure connectée : coût réel sur cinq ans
Le prix d’achat ne reflète pas le coût total de possession. Trois postes alourdissent la facture sur la durée.
- Le remplacement des piles ou batteries, dont la fréquence dépend du protocole utilisé (Thread consomme sensiblement moins que le Wi-Fi direct)
- Les mises à jour firmware, qui peuvent cesser si le fabricant abandonne le produit, rendant la serrure vulnérable aux failles de sécurité découvertes après la fin du support
- Le remplacement du cylindre connecté en cas de panne électronique, opération plus coûteuse qu’un rechange de cylindre mécanique standard
Un cylindre mécanique A2P de qualité dure facilement une quinzaine d’années sans intervention. Pour une serrure connectée, nous estimons qu’un cycle de remplacement ou de mise à niveau tous les cinq à sept ans est réaliste, compte tenu de l’évolution rapide des protocoles et des exigences de sécurité logicielle.
Le marché français des serrures connectées se structure autour de ces contraintes croisées : conformité réglementaire, interopérabilité protocolaire et résistance physique certifiée. Choisir un produit qui coche ces trois cases aujourd’hui, c’est éviter un remplacement prématuré demain.

