Limiter la prolifération des algues dans l’eau de piscine

On ouvre le volet roulant un matin de juillet, et le bassin tire sur le vert pomme. La veille, l’eau était limpide. Ce basculement rapide n’est pas une fatalité : il s’explique par quelques paramètres qu’on peut surveiller et corriger avant que les algues ne s’installent durablement dans la piscine.

Stabilisant et chlore libre : le piège que la filtration seule ne règle pas

La plupart des guides sur les algues dans l’eau de piscine se concentrent sur le pH et le temps de filtration. On ne va pas dire que ces points sont secondaires, mais on constate sur le terrain un problème plus sournois : l’accumulation de stabilisant bloque l’action du chlore.

Le stabilisant (acide isocyanurique) protège le chlore des UV. Quand sa concentration dépasse le plafond de 75 mg/L fixé par la réglementation française pour l’eau traitée au chlore, le désinfectant perd son efficacité. On a beau maintenir un taux de chlore correct sur la bandelette, le chlore libre réellement actif devient trop faible pour empêcher la prolifération des algues.

Le seul moyen de faire baisser le stabilisant est de renouveler une partie de l’eau du bassin. Aucun produit chimique ne le dégrade. On vidange entre un quart et un tiers du volume, puis on complète avec de l’eau neuve. C’est contraignant, mais c’est la seule solution quand le stabilisant a dérivé.

Quand contrôler le stabilisant

Un test en début de saison et un second en milieu d’été suffisent dans la majorité des cas. Si on utilise exclusivement des galets de chlore stabilisé, la concentration monte plus vite : un contrôle mensuel devient pertinent.

Technicien de piscine testant la qualité de l'eau pour détecter un déséquilibre chimique favorisant les algues

Phosphates dans l’eau de piscine : le carburant invisible des algues

Les algues ont besoin de lumière, de chaleur et de nutriments. On maîtrise assez bien les deux premiers (couverture, filtration). Le troisième, les phosphates, passe souvent sous le radar.

Les phosphates entrent dans le bassin par plusieurs voies : débris végétaux, terre rapportée par les pieds, engrais de pelouse entraînés par la pluie, et même certaines eaux de remplissage. En période de forte chaleur, des acteurs du secteur comme America’s Swimming Pool Co. recommandent désormais de surveiller les phosphates en plus du pH et du chlore pour limiter le développement des algues.

Des produits anti-phosphates existent, mais leur efficacité varie selon les installations. La mesure la plus fiable reste préventive :

  • Rincer les pieds avant d’entrer dans le bassin pour limiter l’apport de matière organique et de résidus d’engrais.
  • Vider les paniers de skimmer et le préfiltre de pompe après chaque épisode venteux ou orageux, quand les débris végétaux s’accumulent.
  • Éviter de tondre la pelouse à proximité immédiate du bassin les jours de vent : les projections de gazon sont une source directe de phosphates.

Temps de filtration en canicule : le réglage que beaucoup sous-estiment

La règle classique consiste à diviser la température de l’eau par deux pour obtenir le nombre d’heures de filtration quotidien. Au-dessus de 30 °C, cette règle ne suffit plus. Quand l’eau dépasse ce seuil, la filtration doit tourner en continu ou presque pour éviter que les algues ne prennent le dessus.

On hésite souvent à cause de la consommation électrique. Le surcoût est réel, mais il reste inférieur au prix d’un traitement choc, d’un algicide curatif et du temps passé à brosser les parois et le fond du bassin une fois que l’eau a viré.

Filtration et entretien du filtre

Un filtre encrassé réduit le débit et crée des zones mortes dans le bassin. En été, on nettoie le filtre à sable par contre-lavage dès que la pression au manomètre augmente de 0,3 bar par rapport à la valeur après un lavage propre. Pour un filtre à cartouche, un rinçage hebdomadaire est un minimum en période chaude.

Le fond et les parois méritent un brossage régulier, même quand l’eau semble claire. Les spores d’algues s’accrochent aux surfaces rugueuses bien avant de colorer l’eau. Brosser les parois une fois par semaine casse le biofilm et rend le traitement chimique plus efficace.

Vue aérienne d'une piscine extérieure montrant le contraste entre une eau claire et une zone envahie par les algues vertes

Couverture de piscine et lumière : un levier sous-exploité contre les algues

Couvrir le bassin quand on ne s’en sert pas bloque une grande partie du rayonnement solaire. Moins de lumière signifie moins de photosynthèse, donc moins de croissance algale. C’est un geste simple qui réduit aussi l’évaporation et la consommation de produits de traitement.

Pool Pro Mag a récemment mis en avant une gamme de couvertures GeoBubble dont le matériau est conçu pour inhiber naturellement la croissance des algues tout en limitant l’évaporation. Ce type de produit combine isolation thermique et action anti-algues, ce qui en fait un complément intéressant au traitement chimique classique.

Même une bâche à bulles standard produit un effet notable si on la déploie systématiquement la nuit et en journée lorsque le bassin n’est pas utilisé. L’idée n’est pas de remplacer le chlore ou l’algicide, mais de réduire la pression biologique sur le traitement.

Algicide préventif et traitement choc : quand utiliser quoi

L’algicide préventif s’utilise à faible dose, régulièrement, pour maintenir un seuil de protection. On l’ajoute en général toutes les deux semaines, ou après chaque apport d’eau neuve. Il ne remplace pas le chlore : il le complète.

Le traitement choc intervient quand l’eau a déjà commencé à verdir. On augmente brutalement le taux de chlore libre pour détruire les algues présentes. Avant un choc, deux étapes souvent négligées :

  • Ajuster le pH entre 7,2 et 7,4 pour que le chlore soit pleinement actif. Un choc à pH élevé gaspille du produit.
  • Brosser les parois et le fond avant de traiter. Le choc agit sur les algues en suspension, pas sur celles qui adhèrent au revêtement sous un biofilm.
  • Faire tourner la filtration pendant toute la durée du traitement, sans interruption, pour que le produit circule dans l’ensemble du bassin.

Après le choc, le filtre récupère les algues mortes en grande quantité. Un contre-lavage dans les 24 heures suivantes évite de colmater le média filtrant.

Côté choix de produit, les algicides à base de cuivre sont efficaces mais peuvent tacher un liner clair si le dosage dérape. Les algicides à base de polymères quaternaires sont plus polyvalents et moins risqués pour le revêtement. Les retours varient sur ce point selon le type de bassin et la dureté de l’eau locale.

Limiter la prolifération des algues dans une piscine repose moins sur un produit miracle que sur la régularité des contrôles. Stabilisant, phosphates, temps de filtration adapté à la température réelle de l’eau : ces trois paramètres, souvent négligés au profit du seul taux de chlore, font la différence entre un bassin qui reste clair tout l’été et un bassin qu’on rattrape chaque semaine.

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