Un copropriétaire qui fait dupliquer un badge VIGIK sur une borne de centre commercial, un locataire qui installe une serrure connectée achetée sur un marketplace asiatique sans aucune documentation technique : ces situations, on les croise chaque semaine sur le terrain. Elles illustrent le décalage entre les pratiques réelles et le cadre normatif qui s’est considérablement durci ces dernières années pour les accès résidentiels. Comprendre ces évolutions permet d’éviter des non-conformités coûteuses, voire des mises en cause de responsabilité.
Serrures connectées et exigence cyber : ce que la directive RED change concrètement
Depuis le 1er août 2025, toute serrure résidentielle intégrant un module sans fil (Wi-Fi, Bluetooth, Zigbee, Thread ou NFC) mise sur le marché européen doit satisfaire aux exigences cybersécurité de la directive Radio Equipment 2014/53/UE. Les références techniques applicables sont les standards ETSI EN 303 645, dédié à la cybersécurité de base pour l’IoT grand public, et ETSI TS 103 815, spécifiquement conçu pour les équipements de verrouillage résidentiel intelligent.
En pratique, les douanes européennes peuvent bloquer les lots de serrures dépourvus d’une documentation RED complète et d’une déclaration UE de conformité listant les normes harmonisées applicables. Pour un installateur, cela signifie qu’on ne peut plus poser n’importe quel produit commandé en ligne sans vérifier sa conformité documentaire.
Le risque n’est pas théorique. Une serrure connectée vulnérable au rejeu de signal ou au brouillage expose l’ensemble du réseau domotique du logement. Vérifier la déclaration de conformité RED avant toute pose est devenu un réflexe obligatoire.

Certification A2P@ : résistance mécanique et robustesse informatique combinées
Le référentiel français A2P, géré par le CNPP, s’est enrichi d’un volet numérique baptisé A2P@. Ce volet évalue les serrures connectées sur deux axes simultanés : la résistance mécanique à l’effraction (classée selon la durée de résistance face à un cambrioleur outillé) et la robustesse face aux attaques informatiques, comme le brouillage ou le rejeu de signal.
Le premier certificat A2P@ européen pour une serrure connectée a été délivré à un fabricant français, Picard Serrures. Ce n’est pas un détail marketing. Pour les syndics et les résidents, cette certification offre un repère fiable dans un marché saturé de produits dont la sécurité numérique reste invérifiable.
Quand recommander une serrure certifiée A2P@
Sur le terrain, la question se pose surtout pour les portes d’entrée de résidences collectives et les accès techniques. Pour un logement individuel, les retours varient : certains installateurs constatent que la demande porte davantage sur le confort d’usage que sur le niveau de certification. En copropriété, la tendance est plus nette, car les assureurs commencent à intégrer la certification A2P@ dans leurs critères d’évaluation du risque.
Contrôle d’accès collectif : la migration VIGIK vers VIGIK+
Le système VIGIK, déployé depuis 1998 pour gérer l’accès des prestataires aux parties communes, est en fin de cycle. Son successeur, VIGIK+, intègre une cryptographie avancée qui rend la copie de badges pratiquement impossible. La migration, progressive depuis 2024, doit être achevée avant 2030 pour les immeubles équipés.
Pour les résidents, rien ne change : les badges personnels restent fonctionnels. La transformation concerne les badges professionnels (facteurs, techniciens, agents d’entretien), désormais chiffrés et horodatés, avec une durée de validité limitée.
- Les centrales VIGIK+ utilisent des protocoles de chiffrement mis à jour, rendant obsolètes les outils de duplication courants
- Chaque badge prestataire est associé à une plage horaire et un périmètre précis, ce qui améliore la traçabilité des passages
- Les syndics doivent s’assurer que leurs équipements sont compatibles avec le nouveau standard avant la date butoir de migration
Le coût de la mise à jour dépend du parc installé. Remplacer uniquement la centrale sans changer les lecteurs est parfois possible, mais un diagnostic préalable de l’installation existante reste nécessaire.

Portails motorisés et dispositifs de sécurité : normes EN 13241 et obligations terrain
Les portails automatiques en résidence collective sont encadrés par la norme européenne EN 13241, complétée par les normes EN 12453 (sécurité d’utilisation) et EN 12445 (méthodes d’essais). Le règlement Machines UE 2023/1230, en application progressive jusqu’en 2027, renforce encore les obligations d’analyse de risques.
Sur le terrain, on constate que les points de non-conformité les plus fréquents concernent les dispositifs de détection. Les cellules photoélectriques sont obligatoires pour détecter un piéton, un véhicule ou un obstacle et déclencher l’arrêt ou l’inversion du mouvement. La barre palpeuse (bord sensible) et le feu clignotant de signalisation complètent le dispositif minimal.
- La maîtrise de la vitesse et de la force du portail doit être calibrée selon les spécifications du fabricant, pas au jugé
- L’éclairage de zone autour du portail fait partie des obligations souvent négligées lors des installations anciennes
- La traçabilité de la maintenance doit être documentée : un carnet d’entretien à jour protège le gestionnaire en cas d’accident
Accessibilité PMR et portails automatiques
La réglementation accessibilité impose des contraintes supplémentaires : temps d’ouverture suffisant, absence d’obstacle au sol, signalétique adaptée. Ces exigences s’ajoutent aux normes de sécurité mécanique et ne peuvent pas être traitées séparément lors de la conception ou de la rénovation d’un accès.
Anticiper plutôt que subir les mises en conformité
La superposition des cadres normatifs (directive RED, référentiel A2P@, migration VIGIK+, règlement Machines) crée une charge documentaire et technique réelle pour les gestionnaires de résidences. Attendre la date limite de chaque obligation revient à concentrer les coûts et les interventions sur une période courte.
Planifier un audit global des accès résidentiels permet de mutualiser les interventions : remplacement d’une centrale VIGIK, mise à jour des cellules de détection d’un portail, vérification de la conformité cyber d’une serrure connectée. Sur une copropriété de taille moyenne, regrouper ces postes dans un même marché de travaux réduit sensiblement le budget global par rapport à des interventions échelonnées sans coordination.

